[Chaîne de Blogs] Page 123, cinquième ligne : Ulysse





Ulysse de James Joyce, Nouvelle traductionCela fait plusieurs jours que je vois se former cette chaîne, dont je n'ai pas réussi à trouver le premier maillon. Elle me plaisait et j'attendais avec impatience d'être "tagué" (mot barbare). C'est ce cher Abadinte qui a bien voulu mettre fin à mon attente angoissée.

Il y a des règles dont la deuxième [sic] est de citer le règlement. Je m'y soumets et ensuite je m'autoriserai à tricher un peu.

Règlement :

  1. citer la personne qui vous a tagué et mettre un lien vers son blog ;
  2. indiquer le règlement du jeu ;
  3. ouvrir un livre que l'on aime à la page 123 ;
  4. recopier à partir de la cinquième phrase et les cinq phrases suivantes ;
  5. indiquer le titre du livre, le nom de l'auteur, de l'éditeur, ainsi que l'année d'édition ;
  6. taguer 4 personnes dont vous souhaitez connaître les lectures et les avertir sur leur blog ;

Ayant respectueusement réalisé les trois premiers points, j'attaque à présent le quatrième qui, semble-t-il, s'est transformé au fil de la chaîne - façon téléphone arabe 2.0 - en un "recopier la cinquième ligne et les cinq lignes suivantes" beaucoup moins attrayant et que je vais donc feindre d'oublier. Je fais d'ailleurs remarqué à mes petits camarades prédécesseurs qu'une ligne (ou phrase) plus les cinq suivantes font en tout six lignes (ou phrases) et pas seulement cinq - ils sont un certain nombre à avoir ainsi compté comme des cancres, ce qui me donne quelques phrases d'avance et autorise la petite tricherie qui suit et que je ne justifie de fait pas davantage.

M. Bloom fut pris soudain d'une grande volubilité en s'adressant à ses compagnons.
- Il en circule une bien bonne en ce moment sur Ruben J. et son fils.
- L'histoire du batelier ? demanda M. Power.
- Oui. N'est-ce pas qu'elle est bien bonne ?
- De quoi s'agit-il ? demanda M. Dedalus. je ne l'ai pas entendue.
- Le fils avait une fille en vue, commença M. Bloom, et son père avait décidé de l'envoyer sur l'île de Man pour leur éviter de faire une bêtise, mais quand ils furent tous deux...

- Hein ? fit M. Dedalus, ce grand dégingandégandin ?
- Oui, dit M. Bloom. Ils se rendaient tous les deux vers le bateau et il essaya de noyer...
- De noyer Barabbas ! s'écria M. Dedalus. J'espère qu'il l'a fait, par le Christ !
M. Power émit un rire interminable sous l'écran de ses mains qui voilaient ses narines.
- Non, dit M. Bloom, le fils en personne...
Martin Cunningham lui coupa abruptement la parole :
- Reuben J. et son fils décanillaient sur le quai en direction du bateau de l'île de Man quand le jeunot s'est soudain échappé, a sauté par-dessus le parapet et s'est retrouvé dans la Liffey.
- Mon Dieu ! s'exclama M. Dedalus alarmé. Est-il mort ?
- Mort ! s'écria Martin Cunningham. Que non ! Un batelier a pris une gaffe, il l'a pêché par le fond de culottes et il fut ramené comme ça à son père sur le quai. Plus mort que vif. La moitié de la ville était là.
- Soit dit M. Bloom. Mais le plus drôle...
- Et Reuben J., dit Martin Cunningham, s'est fendu d'un florin qu'il a remis au batelier en échange de la vie de son fils.
La main de M. Power ne put retenir le souffle qu'elle tentait d'étouffer alors qu'il pouffait.
- Il le lui a remis, insista Martin Cunningham. Grand seigneur. Un florin d'argent.
- N'est-ce pas qu'elle est bien bonne ? s'empressa de dire M. Bloom.
- C'était un shilling huit de trop, jeta M. Dedalus.
Le rire contenu de M. Power fusa dans la voiture.

dans Ulysse, de James Joyce - p.123 cinquième phrase et suivantes, Nouvelle Traduction ; Editions Gallimard (2004).

Il ne me reste plus qu'à nommer les quatre maillons à suivre, qui auront la tâche de respecter scrupuleusement le règlement pour compenser un peu le degré de liberté qu'il m'a plus de prendre. J'appelle donc à la barre :

  • Rimbus, mon ami du oueb ;
  • Sylvie, qui sait pourquoi ;
  • Balmeyer, qui ne sait pas pourquoi mais moi je sais ;
  • Zoridae, et je ne sais vraiment pas pourquoi, peut-être pour ses beaux yeux et un sourire qu'on tend en retour à une inconnue croisée dans la rue et qu'on ne reverra sans doute plus...


Précision importante à l'attention des quatre nominés : en aucun cas les vacances ne pourront être prétexte à une esquive. Que vous reveniez demain (pas de chance), dans une semaine (c'est court), dans un mois ou dans un an (vous dansiez, j'en suis fort aise), aucune prescription ne sera intervenue pour vous soulager de ce rébarbatif labeur qui demeure impératif.

Eh bien, dansez maintenant !



Bonus Track :
extraits du final du monologue intérieur de Molly Bloom



Source : Page 123, cinquième ligne : Ulysse





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Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami



Kafka sur le rivage : un très grand roman

Kafka sur le rivage, de Haruki MurakamiKafka Tamura a quinze ans quand il quitte le domicile paternel. Il en avait quatre lorsque sa mère en avait fait autant, l'abandonnant à son père. Il fugue et entreprend un parcours initiatique au terme duquel il lui aura fallu comme de bien entendu tuer son père et coucher avec sa mère pour devenir. "La vie est une métaphore", ce qui ne rend pas pour autant les choses simples.

Nakata est un vieil homme pas très intelligent et incapable d'abstraction. Mais il sait converser avec les chats et faire pleuvoir des poissons. Fort de son esprit simple, ignorant les causes et les conséquences, il fait ce qui doit être fait. Par delà le bien et le mal, instrument innocent du destin, il permet à la métaphore de s'accomplir.

Kafka sur le rivage est un roman d'une richesse poétique époustouflante. Il vous emporte et vous change, comme tout ce qui est beau. J'ai toujours pensé que l'humour était indispensable à l'art, ce livre en est la confirmation. Haruki Murakami est incontestablement un des très grands auteurs du moment. Il nous offre là un très grand roman.



Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, aux éditions Belfond


"Kafka sur le rivage", de Haruki Murakami





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L'Art de la Joie, de Goliarda Sapienza



L'Art de la Joie : juste un extrait

l'art de la joie Goliarda SapienzaUne gourmandise sucrée-salée de quelques 600 pages. Le livre d'une vie, celle d'une femme insoumise à travers son siècle italien. L'Italie comme on la suppose, c'est-à-dire comme on l'aime. Une femme que l'on voudrait avoir bien connue. A dévorer lentement... pour de chaque page savourer le nectar, de chaque mot la poésie brutale. Un roman dont chaque page est un roman. Quelques mots extraits de ce livre fulgurant de Goliarda Sapienza, comme une mise en bouche - morceaux choisis pas tout à fait au hasard :

Que faisais-je au milieu de ces stylos et de ces crayons alignés sur mon bureau ? Ou était-ce un autel ? J'avais commencé par jeu... Mais en regardant en moi-même je vis mon avenir : prise dans ce traquenard, les jambes coupées par le piège "d'être quelqu'un". J'avais fui le couvent ; mais la religiosité jetée par la fenêtre ressurgissait par quelque trou de ma chambre, chevauchant le rat de l'esthétique. Je le vis, le rat mystique. Les yeux couleurs de rouille de l'insatiabilité scrutaient, voraces, des recoins ombreux. Ils épiaient ma jeune chair, ma poitrine, pour trouver une fissure et entrer en moi et ronger l'ossature de mon squelette soudée par la joie. L'arrêtant net, je sus que je m'étais justement méfiée, et que quelques instants d'inconscience encore m'auraient fait tomber hors de la réalité en proie à cette drogue nommée "artiste", drogue plus puissante que la morphine et la religion. Il comprit et il détacha son regard du mien pour s'enfuir.

[extrait de "L'Art de la Joie" de Goliarda Sapienza, aux éditions Viviane Hamy.]


"L'Art de la Joie", de Goliarda Sapienza





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Luz ou le temps sauvage, de Elsa Osorio



Luz ou le temps sauvage : tendre et fort

Luz ou le temps sauvage, de Elsa OsorioA la naissance de son premier enfant, Luz a l'intuition du secret qui entoure les circonstances de sa propre venue au monde. La jeune femme part alors à la recherche de ses origines et le lecteur se retrouve avec elle plongé dans un morceau de l'histoire tourmentée de l'Argentine, l'histoire d'une dictature militaire et son cortège d'atrocités, un temps sauvage où régnait la peur et la répression, où des êtres proches disparaissaient, étaient emprisonnés, torturés et assassinés, où l'on l'on retirait les nouveaux-nés à leurs mères "subversives" pour en fournir comme d'une marchandise les familles "respectables", proches du pouvoir militaire. Les mères disparurent, les enfants grandirent dans l'ignorance de leur propre sang et, plus tard, les grands-mères s'organisèrent pour rechercher les enfants de disparus et les rendre à leur véritable identité.

Avec le soutien des Grands-Mères, Luz parvient à reconstituer le fil des événements qui la conduisirent du ventre de sa mère au bras de la fille d'un lieutenant-colonel tortionnaire. C'est à son père qu'elle a fini par retrouver qu'elle en fait le récit. Un roman d'une très efficace finesse qui emporte le lecteur dans sa fluidité lumineuse et parvient sans forcer à l'émouvoir. J'ai beaucoup aimé. A lire et à déguster.



Luz ou le temps sauvage, de Elsa Osorio, aux éditions Métailié


"Luz ou le temps sauvage", de Elsa Osorio





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Un parmi "Cent Mille Milliards de Poèmes" : le mien !



C'était à cinq o'clock que sortait la marquise
Pour de fin fond du nez exciter les arceaux
La découverte alors voilà qui traumatise
Et tout vient signifier la fin des haricots

Il déplore il déplore une telle mainmise
Le vulgaire s'entête à vouloir des vers beaux
L'un et l'autre ont raison non la foule imprécise
À tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux

Le poète inspiré n'est point une polyglotte
Le lâche peut arguer de sa mine pâlotte

Les croque-morts sont là pour se mettre au turbin
Ne fallait pas si loin agiter les breloques
Grignoter des bretzels distrait bien des colloques
Le mammifère est roi nous sommes son cousin

Sonnet composé à partir et extrait de "Cent Mille Milliards de Poèmes" , de Raymond Queneau

Composez le vôtre... et placez-le en commentaire, ci-dessous.

NB : Au cas où il vous viendrait la bonne idée d'acheter le livre, ayez bien soin de noter cette utile précision, apportée par Queneau lui-même : "En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails)", soit tout de même près de 200 millions d'années...


Un parmi "Cent Mille Milliards de Poèmes" : le mien !





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De la meilleure manière d'enculer les mouches



LES MOUCHES

A Jean-Paul Sartre


Des hommes se promènent dans la rue.
Certains ont l'oeil éteint comme une chaussette sale
Une morve récurrente leur obstrue les cornets du nez.

D'autres, brillants, le regard vif
Tournent leur canne en s'en allant.
Tous sont des enculeurs de mouches

Mais il y a deux façons d'enculer les mouches :
Avec ou sans leur consentement.

Boris Vian


avoodware


De la meilleure manière d'enculer les mouches





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Ma bibliothèque idéale



Le coup de l'île déserte

Faisons l'exercice. Je suis une sorte de Napoléon qu'on envoie en exil au loin, sur une petite île. Je prépare ma petite valise bibliothèque. Je prends (dans l'ordre où ils me viennent à l'esprit) :


- "Ulysse", de James Joyce (parce qu'après deux lecture et demi, il me reste tant à comprendre)
- "L'Enfer", de Henri Barbusse
- "L'Homme qui rit", de Victor Hugo
- "La Bible", dans sa "nouvelle traduction" (parce que, je dois bien l'avouer, je suis très loin encore de l'avoir parcourue dans sa totalité...)
- "Tieta d'Agreste", de Jorge Amado
- "Pourfendeur de nuages", de Russell Banks
- "Le Voyage d'Anna Blum", de Paul Auster
- "Septentrion", de Louis Calaferte
- "Demande à la poussière", de John Fante
- "Sexus", de Henri Miller
- "Ocean mer", d'Allessandro Barrico
- "Le Maître et Marguerite", de Mikhaïl Boulgakov
- "A la merci d'un courant violent", de Henri Roth
- "Les Mille et une nuits" (bien sûr !)
- "Beloved", de Toni Morrison
- "Le Voyage au bout de la nuit", de Céline
- "Si c'est un homme", de Primo Levi
- "La Storia", d'Elsa Morante
- "Le grand cahier", "La preuve" et "Le troisième mensonge" (trilogie), d'Agota Kristof
- "La Vie mode d'emploi", de Georges Perec
- "Belle du Seigneur", d'Albert Cohen (mais aussi "Solal" !)

Et puis, parce que je cours depuis toujours après le moment propice pour les lire enfin - je sais, c'est une grave lacune de ne l'avoir encore fait :


- "A la recherche du temps perdu", de Proust
- "Confessions", de Rousseau
- "Mémoires d'outre-tombe", de Chateaubriand

Un peu de théâtre aussi, bien entendu : Shakespeare, Tchekhov, Beckett, Ibsen... Molière, Corneille... et puis quelques tragédies grecques, évidemment.

Il y a des oublis, c'est certain. Je n'aimerais pas qu'on m'expédie sur une île déserte.


Ma bibliothèque idéale





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