[premier jet] Retour de vacances



Retour de vacances


livre virtuel Lola qui ne s’endort pas depuis sept cents kilomètres. Lola qui nous fait partager son impatience depuis six cent quatre-vingts kilomètres. Quand est-ce qu’on arrive, Papa ? On est arrivé bientôt, Papa ?... Lola qui a faim ou soif, ou envie de faire pipi, et qui ne cesse de geindre. Maintenant, elle a mal au cœur. Je ne la supporte plus.

« Papa, j’ai mal dans le cœur », dit-elle.

Je ne la crois pas. Je n'ai pas envie de la croire. L'expression enfantine qu'elle a employée devrait me faire sourire, mais je ne la supporte plus. Je voudrais juste qu'elle s'endorme. Ou simplement qu'elle se taise. Cela fait deux grosses heures que la nuit a étendu son manteau sur le ruban d'asphalte sombre et que les phares blancs des autres véhicules me brûlent les yeux. Fatigué de tenir le volant, je suis fatigué de tout. Paris n'est plus très loin dont on devine au loin la lueur. Je voudrais y être déjà.

«  Lola, tiens-toi un peu tranquille. Tu vomiras quand nous serons à la maison. »

Depuis que nous avons passé le péage, les camions semblent plus nombreux. Cependant la circulation demeure relativement fluide, pour un retour de vacances. Rien à voir en tout cas avec ce que nous avons traversé dans la vallée du Rhône. J'ai maintenant bon espoir de franchir le périphérique dans la demi-heure. Nous serons à la maison avant minuit, je pense.

« Elle est vraiment pâle, tu sais, dit Sylvie. On devrait peut-être s'arrêter.  »

Comment ne comprend-elle pas qu'en prenant le parti de sa fille, elle ne parviendra qu'à décupler mon exaspération ? Elle qui depuis que la nuit est tombée se contente de somnoler sur son siège sans plus se donner la peine de me faire la conversation. Ce dont je ne me plains pas d'ailleurs, mais en la circonstance il paraît un peu déplacé qu'elle s'autorise à jouer la maman compréhensive.

«  On dirait que tu ne la connais pas. Quand elle est comme ça, elle serait capable de se faire saigner du nez simplement pour avoir raison. Elle a tenu sept cents bornes, elle en supportera bien quelques dizaines de plus. »

Le silence s’installe dans la voiture, lourd de mon ressentiment et du leur. Je déteste avoir le mauvais rôle. J'ai parfaitement conscience d'être injuste, mais je leur en veux à toutes les deux de m'obliger à exhiber ma mauvaise humeur. Je suis épuisé. J’en ai marre d’être cloîtré dans cette voiture, marre de tout. Être enfin arrivé est à cette heure tout ce qui m'importe.

Et il faudra encore sortir les bagages du coffre, les monter jusqu'à l'appartement. Quatre étages, pas d'ascenseur, des valises qui pèsent chacune une tonne. Après tout ça, j'aurais pourtant bien mérité une bonne nuit de sommeil, mais non : demain matin, lever à sept heures trente pour aller travailler plus. J'estime que cette perspective me donne droit à user d'un peu de despotisme.

Je roule excessivement vite. Sylvie est bien inspirée de ne pas m'en faire la remarque. Cela ne ferait qu'empirer la situation. D'ailleurs tout le monde roule trop vite - l'approche de l'écurie sans doute.

Tout ce dont j'ai besoin à présent c'est de silence et qu'on en finisse rapidement.

«  Papa ? »

Je commence à penser qu'elle le fait exprès. Je suis excédé :

«  Quoi encore ?!

- Je crois que j'ai vomi dans la voiture…

- Putain, c'est pas vrai ! »

Je me retourne. Cette fois, la colère me submerge. J’ouvre la bouche pour hurler sur l'insupportable enfant. Mais c’est le cri de Sylvie qui me parvient, comme s’il sortait de moi alors qu’il s'y engouffre :

«  Marc, le camion ! »

J'ai le temps de voir le semi-remorque qui se couche, qui n’en finit pas de se coucher en travers de la route. Il s'étend là devant nous avec une surprenante langueur et glisse et n'en finit pas de glisser. J'enfonce la pédale de frein, je tourne le volant dans un sens et puis dans l'autre. Je sais qu'il est trop tard. Je perçois le long silence atterré qui tournoie dans l'habitacle juste avant que se produise l’impact. Je n'ai pas le temps de pleurer.





Source : Retour de vacances

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La tête dans la vase



Ecrire...

Je me sens parfois petit poisson qui tourne en eau de boudin dans son bocal de verre.


avoodware

et son foutware


La tête dans la vase





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Du processus artistique



Alimenter son esprit comme on alimente son corps.

Se Nourrir
Digérer
Froncer les sourcils
Et puis expulser la merde

Ensuite, prétendre que c'est de l'art.

Ou bien avoir du talent : façonner l'étron, le rendre appétissant, en nourrir ses semblables...


Du processus artistique





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Auto suggestion



S'ébattre plutôt que se débattre.

L'écrire une fois, et puis garder en soi le sens des mots.

Être plutôt que dire.

Être et puis trouver le plaisir.

S'ébattre.

Être.


Auto suggestion





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Ecrire à hauteur de soi



J'ai commencé par une nouvelle, comme tous les écrivaillons, ou beaucoup d'entre eux. Comme on fait quand on pense en avoir fini avec les petits poèmes adolescents et leurs relents néo-pubères.

Une nouvelle, parce que ça semble plus simple, et aussi parce qu'on s'imagine qu'il sera moins douloureux de mettre dix pages au panier plutôt que trois cents. L'impression que cela fera moins mal. Ce n'est pas vrai, on y met autant d'orgueil et il suffit d'une demi-page pour comprendre comme il est difficile de se confronter à ses propres insuffisances, ses propres incapacités, savoir qu'on n'a rien produit qui puisse prétendre à davantage qu'à ce grand catalogue des médiocrités dont on tire de médiocres livres. Toutes ces merdes auxquelles on passe un ruban et qui s'exposent sans pudeur sur les présentoirs prétentieux des librairies de France.

Ce n'est pas pour cela qu'on écrit. On voudrait bien que cela ne fut pas pour ce résultat trivial, trop éloigné des ambitions supérieures de l'artiste qu'on prétend être ou devenir - mais je ne crois pas qu'on puisse devenir artiste, pas en tout cas comme on devient boulanger, à force de travail et d'abnégation ; il y a autre chose, mais quoi ?

Certes, le ruban est utile. C'est tout de même qu'il faut bien vendre un peu, être lu. A quoi bon écrire sinon. Exposer son cul, seul dans l'obscurité d'une pièce aveugle, ce n'est pas pour cela qu'on écrit. Pourtant, le tintement de la monnaie dans l'escarcelle, trace tangible et certainement pas vulgaire laissée là par un lecteur qu'on ne voit ni n'entend, ce n'est pas non plus ce après quoi l'on soupire.

*

Exposer son cul. Ce besoin qu'on a de s'exprimer. Dire et être entendu. Ecrire et être lu. Etre sincère et séduire. Vendre mais sans faire du commerce. Ne pas chercher à plaire, mais plaire quand même.

On ne montre pas son cul pour que celui qui le regarde le trouve beau et se mette à bander. Il faut néanmoins qu'il soit présentable, visible et regardé pour qu'on puisse justifier de le montrer. Etre lu pour justifier que l'on écrive. Et donner un peu de plaisir aussi, pour justifier que l'on existe.

C'est donc un miroir que l'on espère. Toute la différence entre le strip-tease et l'exhibition : le plaisir de l'autre, dans un cas comme une finalité, dans l'autre comme un simple hommage. Un écrivain est un exhibitionniste, pas une strip-teaseuse. Il ne s'agit pas pour lui de plaire, il ne s'agit pas d'abord de cela, ni surtout des artifices dont il faudrait user pour y parvenir, s'assurer que l'on va pouvoir vendre beaucoup.

*

Au début, c'était facile. Les idées venaient à moi sans qu'il me fut besoin de les appeler. Je n'avais qu'à poser les mots, les ordonner et hop ! une nouvelle. Et puis une autre. Et bientôt six qui firent un recueil. Un peu trop longues ? Pas grave, il n'y a qu'à dire que ce sont des récits. Un recueil de récits, voilà.

De la merde ? En réalité, même pas. Pas si mauvais pour un début. De sympathiques petites histoires. Pas beaucoup d'humour certes, mais un peu quand même. Pas vraiment écrites avec les tripes mais bon, quelques moments d'émotion à l'occasion. Qui leur tireront bien une larme ou deux. Des mots, des phrases, un livre donc.

La potentialité d'un livre comme il y en existe des milliers et en moi, rien. Sensation de rien. De la poudre aux yeux, des paillettes, du vent. Je n'y étais pas. Je n'avais rien donné qui m'appartienne, un peu de bile tout au plus. Même pas mal. J'étais encore debout, coincé dans mon douillet petit cocon qui deviendrait aussi mon cercueil. J'avais tombé la cravate, et puis quoi ? Et aujourd'hui encore, quoi ? Toujours ce putain de noeud autour de mon cou trop large, ce noeud bien serré et qui m'empêche de gueuler comme un porc. Allez, un petit effort mon garçon, laisse-toi donc égorger. Qu'on voie enfin tes tripes.

Sept ans et j'ai tout gardé à l'intérieur. Sage petit bonhomme.

*

Bon, tout de même, envoyons ça aux éditeurs. En reçoivent des paquets de cette bouillie sans odeur ni saveur. En publient même puisque ça se vend pour peu que l'emballage... Pourquoi d'ailleurs feraient-ils la fine bouche ? Sont pas là pour faire des entrechats, après tout.

Pas d'angoisse en tout cas. Un refus ne signifiait pas que c'était mauvais, simplement que ce n'était pas génial. Ça, merci, je le savais. Me déplairait pas moi, pourtant, de pondre un truc génial. Même trois lignes. Faudrait que ça me fasse mal comme de s'arracher lentement une oreille. J'y suis prêt. On ne crée pas à partir de rien. Il faut donner de soi. L'art...

Mais je ne vais pas me mettre à disserter sur l'art. Tout le monde s'en fout. Moi en tout cas je m'en fous. Je ne sais pas ce que c'est, l'Art. Ne veux surtout pas le savoir. Je ne suis pas à la recherche d'une expression ni d'une reconnaissance artistique. Je ne cherche qu'à dire et raconter, créer pour cesser de vivre et enfin exister, créer à partir de moi pour être et cesser de mourir connement comme un lapin au milieu de la route qui crève en regardant les camions lui passer dessus et les compte : un deux trois me casse les noix, quatre cinq six chaire à saucisse...

Enlever la peau, fouiller dans les chairs à mains nues et mettre le tout sur la table. Pousser les mauvais morceaux en avant, ceux qui sentent le plus fort. Parce qu'il s'agit que ça pue pour que ça vaille un peu la peine. Il s'agit de sortir sa merde et en faire de la dentelle. C'est ça l'inspiration, se nourrir de sa propre matière fécale. Et écrire, finalement, ce n'est que vomir avec un peu d'élégance.

N'en suis pas là. Ne sais pas comment m'y prendre, pour entrouvrir les vannes. Laisser couler un petit filet. Et j'observe avec grand intérêt ce qui sort des autres, mes contemporains. Pas grand-chose le plus souvent. Aucun souffle de vie, ou de mort. Aucun souffle du tout. Quelques malheureuses petites pages et imprimées en gros caractères pour que ce soit plus facile à lire, des phrases creusent et qui se la racontent. Des petites histoires de cul avec des gros mots. Pas de vulgarité surtout, juste un petit peu de soufre pour que ça hume moderne. C'est le parfum contenu du scandale qu'on y trouve, rien d'autre. Le must en ce moment : des femmes qui parlent de leurs culs en faisant des phrases courtes, un langage cru, pas plus de cent cinquante pages. Un bon produit marketing.

Pourquoi pas, d'ailleurs. Mais parmi ceux-là, combien d'écrivains ? Ils disent un peu, ils expriment un peu, ils racontent un peu, mais ils n'écrivent pas. Les mots sont posés sur le papier, en ordre, proprement, savamment même pour certains et tiens, ce serait presque joli, mais on n'y voit pas leur âme, ou la nôtre qui s'y reflèterait, ou une âme, n'importe laquelle. Leurs livres ne sont pas écrits et n'en sont pas, seulement un peu de papier et puis de l'encre.

L'écriture, c'est ce petit truc en plus qui d'un livre fait un livre vrai, la différence qu'il y a entre faire l'amour gentiment à sa femme et une bonne grosse baise avec une inconnue - ou quand on réalise que sa femme est aussi cette inconnue. Ecrire c'est tremper sa plume jusqu'aux entrailles et continuer à bouger le cul même quand vient la douleur. Cent fois, mettre l'autre cul par-dessus tête, et puis le laisser pour mort. C'est cela que fait un livre vrai à son lecteur : il le baise, le fait jouir et puis le fait mourir. Un bon petit bouquin, c'est de la branlette, c'est agréable, ça ne fait de mal à personne, merci et au revoir. Après vous êtes le même qu'avant, juste un petit peu plus proche de la mort. Mais on ne s'est pas ennuyé et c'est toujours ça de pris sur le non-être. Oui, sans doute, et puis quoi ? Et puis quoi quand une oeuvre vraie vous bouleverse et vous permet d'accéder à un peu d'éternité ?

*

Apprendre l'humilité et seulement écrire avec ce qu'on a. Ne pas renoncer, avoir beaucoup d'ambition, mais savoir mesurer chichement ses prétentions. Viser un peu au-dessus du commun et tenter d'ignorer qu'on ne s'élèvera pas si haut que ceux dont on aime les livres et qui sont les seuls vrais écrivains.

*

Oui, parvenir à hauteur de soi, ce serait déjà beaucoup.


Ecrire a hauteur de soi





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Ecrire et être



Bientôt sept ans que j'ai tourné la page. Tourné le dos à tout. Non, pas tout à fait tout. Juste un bon boulot et qui payait bien. Une certaine idée qu'on peut se faire de la réussite, cette illusion que je n'avais pas d'une utilité sociale. Tourner le dos à cela, c'était la partie la plus facile, une évidence en même temps qu'une nécessité. Mais d'abord une évidence.

Je n'ai renoncé à rien. Il n'y avait pas pour moi d'autre chemin. Créer et être. Etre enfin. Vivre. Ne plus passer le temps à faire semblant, semblant de croire qu'on pourra tromper la mort - c'est elle qui nous baise à la fin, de toutes les façons. Ne plus laisser passer le temps, donc, et vivre. Faire face. Ecrire...

Besoin d'écrire ou envie seulement ? Qu'importe, besoin d'exister vraiment. Ecrire était le seul moyen. Je n'ai renoncé à rien et je me suis mis à écrire.

Sept ans, et j'ai écrit quoi ? Quelques centaines pages. De la poudre aux yeux, un écran de fumée. J'ai écrit et je n'ai rien dit. Des mots, et puis des mots, et puis des mots. Rien. Du vent. Je suis absent, pas là, caché bien à l'abri de toutes les phrases creuses que je fais pour m'y dissimuler, ne surtout pas paraître. Et de ce point de vue, c'est une réussite : je ne m'y reconnais pas. Des creux et du vide autour. Je n'y suis pas, ne suis pas plus avancé que quand je perdais honnêtement ma vie. Je n'ai pas fait face et j'ai continué de biaiser. Encore et encore. Et encore.

J'avais dit : " je veux raconter des histoires" et c'était un leurre. Ce que je veux avant tout, c'est parler de moi, c'est être et exister à l'intérieur de mes mots. Etre révélé par les mots qui me viennent et être révélé d'abord à moi-même.

Pouvoir mettre mes tripes sur la table et y mettre le feu, être capable de cela. Me lâcher et décoller un peu. Ouvrir les yeux. Plonger à pleines mains dans mes entrailles noires, touiller et toucher un peu ce qui me ronge et me rend aveugle à moi-même. Faire face et ouvrir les yeux. Ecrire pour tenter d'y voir juste un peu plus clair et comprendre pourquoi on continue malgré tout, cette errance aveugle parmi ce rien qui est partout, en nous et autour, ce rien que l'on respire et qui nous étouffe.

La vie, cet abîme autour de nous et qui nous aspire...

La vérité est que j'ai le vertige et que je refuse de voir. Je ne cherche en réalité qu'à ignorer que je tombe. Trop dangereux, se lâcher. Mourir cramponné à l'illusion qu'on ne tombe pas. Faire des mots qui n'en sont pas. Des mots, des mots, rien que des mots encore et toujours. Pourtant, écrire...

Ecrire afin que chaque phrase soit une part de moi que je déshabille. Ecrire jusqu'à être nu. Nu et puis libre. On verrait bien alors si je pèse plus lourd que du vent. Ce simple amas de poussières et qui y retourne.

Il faudrait n'écrire d'abord que pour soi. Ne pas chercher à plaire. Effacer des mots ce sourire qui ne cherche qu'à séduire, cet éternel sourire de l'être qui a faim d'être aimé et n'est jamais rassasié de ça.

Seulement cela, écrire.

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Ecrire et être





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Dans Loin de Chandigarh, de Tarun J Tejpal



Manuel de l'Artiste en Jeune Homme. 1987

Petit déjeuner, sexe, journaux, ablutions à 9 heures.
Début du travail à 9 h 30.
Pause à 13 heures.
Déjeuner léger et sieste de 13 à 16 heures.
Reprise du travail de 16 heures à 19 heures.
Une tasse de thé à 17 h 30 mais sans pause.
Ecrire un minimum de 800 mots par jour.
S'autoriser deux jours de repos par semaine. Soit : 4 000 mots par semaine.
Garder à l'esprit que la discipline est aussi essentielle à l'écriture que l'inspiration.
Pas de films pendant la semaine.
Ne pas lire Kafka, Joyce, Faulkner.
Lire de la poésie avant de dormir : Hardy, Larkin, Stevens, Whitman, Yeats, Eliot.
Lire une page de Shakespeare chaque soir.
Pas d'alcool les jours de travail.
Pas de sexe pendant le travail.
Courir chaque soir pour faciliter la circulation sanguine.

Etre ambitieux - canevas large et expansif.
Se rappeler que les grands textes se soucient peu d'action.
Se concentrer sur les idées et les personnages.
La forme compte autant que le fond. Innover.
Ecrire à la troisième personne - avec l'omniscience de l'auteur.
Rendre la prose mémorable - procurer une joie stylistique.
Eviter l'étalage des émotions.
Maintenir une écriture intraitable : le monde est dur.
Ne pas s'échiner à être plausible : l'Inde n'est pas plausible.
Eviter les scènes de sexe : difficiles à réaliser, faciles à dénigrer.
Ne rien dévoiler du texte en cours d'écriture.
Le monde est envahi d'âneries que personne ne lit : ne pas en rajouter.
L'écriture n'est pas la vie. Fizz est la vie.

Note du Blogueur : Fizz est la compagne du narrateur et son grand amour. Elle corrige l'injonction en : L'écriture est la vie. Fizz est Fizz.


Dans "Loin de Chandigarh", de Tarun J Tejpal





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Ecrire vrai



Ne pas faire de style. Surtout ne pas faire de style. Et ne pas tenter de ressembler à. Ni à faire comme ou à la manière de. Ne pas écrire comme il se fait d’écrire aujourd’hui. Se souvenir qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises manières. Il ne s’agit que de soi.

Donc ne pas penser au lecteur. Pas trop.

Ecrire et puis entendre sa voix. La chercher. S’écouter et ne pas se censurer. Non ! ne pas s’écouter justement, seulement lâcher les mots et les projeter là, en dehors de soi. Ne se soucier de rien, de rien d’autre que d’écrire vrai.

Comprendre ce que cela signifie, écrire vrai.

Ne pas faire des ronds de jambes. Ne pas faire des phrases comme on enfilerait des mots pour faire un joli collier à sa jolie maman. Ecrire vraiment.

Ecrire, tout simplement. Et cesser d’écrire comme si quelqu’un lisait par-dessus mon épaule !


Ecrire vrai





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Léon et Léa (une histoire pour les petits)



Léon et Léa

Cela faisait longtemps que Léon venait dans le jardin d’enfants. Il y venait tous les jours. C’était un très vieux monsieur, il avait au moins cent ans. Il avait de gros sourcils tout blancs, comme ses cheveux – mais il n’en avait plus beaucoup. Son visage et ses mains étaient toutes froissées et il marchait très doucement en s’appuyant sur une canne.

Léon aimait beaucoup venir dans le jardin d'enfants. Il regardait les enfants jouer, faire des châteaux de sable dans le bac à sable, glisser sur le toboggan jaune et vert, se balancer sur les balançoires et taper dans des ballons de toutes les couleurs. Les enfants criaient et riaient beaucoup, et Léon souriait. Et quant un enfant tombait et pleurait, Léon avait un peu mal pour lui.

Alors ce n’était pas tellement grave qu’aucun enfant, jamais, ne vienne lui parler ou lui dire bonjour. Léon était tout seul, assis sur son banc, mais il n’était pas triste. Il savait bien qu’un très vieux monsieur, ça fait toujours un petit peu peur aux enfants. Et peut-être même que certains d'entre eux pensaient qu’il était un ogre ou un monstre. Il ne leur en voulait pas. Ce n’était pas bien grave.

Un jour, Léon vit entrer dans le jardin une petite fille qu’il n’avait jamais vu auparavant. Elle avait une robe jaune avec de grosses fleurs vertes, et des chaussures violettes. Ses yeux étaient tout rond et tout noir, et ses cheveux, noir aussi, étaient attachés avec un chouchou rose au dessus de sa tête. Comme elle mangeait un pain au chocolat, on aurait dit qu’elle avait mis du rouge à lèvre marron.

Pour finir son goûter, elle est venue s’asseoir sur le banc, à côté de Léon. Elle avait un très beau sourire, mais le vieux monsieur n’osait pas lui parler. Il ne voulait surtout pas lui faire peur. Et c'est alors que quelque chose d’extraordinaire se produisit. La petite fille se tourna vers Léon et, comme si elle le connaissait depuis toujours, lui dit :- Bonjour, tu veux un peu de mon pain au chocolat ? Tu vas voir, il est délicieux.Et, avant qu’il ne lui réponde, elle coupa une moitié de la moitié de pain au chocolat qui lui restait et lui tendit :- Tiens. Comment tu t’appelles ? Moi je m’appelle Léa. Moi, je ne connais personne ici.Léon répondit que merci beaucoup et qu’il s’appelait Léon. Que lui non plus ne connaissait personne, enfin pas vraiment... Il n’en revenait pas, Léon.

Léa et Léon devinrent tout de suite très amis. Chaque jour, ils se retrouvaient au jardin où, assis sur leur banc, ils discutaient pendant une heure entière, jusqu’à ce que Léa doive rentrer chez elle. Elle lui posait mille questions et il répondait à toutes car il savait toutes les réponses, Léon... qui n’en revenait toujours pas.

Un jour, Léa demanda à son ami Léon :- Pourquoi as-tu toutes ces cicatrices sur le visage ? Tu as fait la guerre ?- Ce ne sont pas des cicatrices, répondit Léon en souriant. Ce sont des rides. J’en ai beaucoup parce que je suis très vieux.- Comment tu les as attrapés ? demanda la petite fille qui voulait toujours tout savoir.Alors, le vieux monsieur répondit :-Chacune de ses rides est la trace d’un souvenir, ce sont toutes les choses qui me sont arrivées dans la vie et qui se sont écrites sur mon visage. Regarde bien : il y a des rides qui sont comme un sourire, c’est pour les bons souvenirs. Et celles qui ont l’air de faire la grimace, c’est pour les mauvais.Là, c’était Léa qui n’en revenait pas.

Le lendemain, la fillette proposa à Léon d’aller faire du toboggan.- Voyons Léa ! s’exclama Léon. Je suis bien trop vieux pour faire une chose pareille.Mais la petite fille ne voulut rien entendre. Elle traîna le vieux monsieur jusqu’au pied du toboggan. Léon était rouge de confusion. Il avait l’impression que tout le monde le regardait.- Allez monte, ordonna la petite fille en lui souriant. Je passe devant toi. Tu n’as pas peur quand même ?- Non, non … Mais la voix de Léon était soudain devenue toute petite.

Léon monta tout en haut du toboggan - et je peux vous dire que cela mis très longtemps. Léa l’attendait. Et quand enfin il arriva, elle s’installa sur ses genoux et compta :- A la une… A la deux… A la trois ! ! !Léon poussa avec ses bras, avec ses jambes, de toutes ses forces, et ils dévalèrent sur la pente plus vite qu’aucun enfant ne l’avait jamais fait. Ils riaient tous les deux aux éclats. Et puis ils recommencèrent aussitôt.

Ce qui se passa ensuite est tout à fait incroyable. Pourtant vous pouvez me croire, j’étais là et j'ai tout vu. Soudain, toutes les rides du vieux monsieur – et il en avait au moins un million, Léon – se rangèrent dans le même sens : on avait l’impression que tout son visage était une bouche qui souriait.Et moi, quand je suis rentré chez moi, je me suis regardé dans la glace et j’ai vu, juste au coin de ma bouche, une toute petite ride qui me souriait. Je n’ai pas pu la regarder très longtemps, parce qu’à ce moment Maman m'a appelée : "Léa, viens manger, s'il te plaît : le dîner est prêt".

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Léon et Léa





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histoire vraie



Qu’importe après tout qu’une histoire soit vraie, qu'elle ait été vécue dans le monde réel, pourvu qu’elle existe et que quelqu’un la raconte, et pourvu qu’une seule personne puisse l’entendre et s'y reconnaître, ou simplement s'y sentir bien.


histoire vraie





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lard du roman



Un roman, c’est une sorte de vieux sandwich : du réel plus ou moins avarié enfermé entre deux tranches de fiction. Pas toujours facile a digérer.


lard du roman





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argument pour l'édition en ligne



L'édition en ligne est-elle une alternative ? C'est en somme la question qui revient le plus souvent depuis que j'ai construit ce site. Sans ambiguïté, ma réponse est négative. Il ne s'agit ni d'une alternative, ni d'un renoncement. Je conçois cette forme d'édition davantage comme un étape qui ne substitue en rien à l'édition classique.

Je m'explique.

Si écrire est un moyen, moyen de s'exprimer, de sortir de soi, se concevoir comme écrivain c'est chercher à être lu, aller vers les autres avec ça, ce qu'on a écrit. La finalité n'est pas le livre, mais bien le lecteur. Être lu.

Avant l'internet, il n'y avait que deux possibilités. Soit l'on était édité, un manuscrit devenait livre et tout un chacun, le public, devenait lecteur potentiel. Soit on ne l'était pas, ou pas encore, et le seul lectorat possible était alors constitué par l'entourage de l'auteur. Dans un cas, tout le monde, et dans l'autre, personne. Parce que ce qui fait le lecteur est son anonymat, c'est pour une figure sans nom que l'on écrit, et à lui seul qu'on s'adresse. On ne peut lire de la même manière les mots d'un auteur avec qui l'on a une relation personnelle, ce proche qui écrit, que l'on connaît et que l'on veut et croit reconnaître dans les mots qu'il écrit.

Il y avait aussi l'auto-édition, ou l'édition à compte d'auteur, et qui n'est qu'un leurre, qui est selon moi confondre le moyen avec la fin, le livre avec le lecteur. Car ce qui fait l'éditeur n'est pas le livre mais sa faculté de "faire paraître au jour", de rendre public, de diffuser en somme. L'édition à compte d'auteur donne la satisfaction de voir ce qu'on a écrit prendre la forme de l'objet livre, mais un livre dans une tour d'ivoire auquel le public n'a pas accès. Et donc, là encore, point de lecteurs. Ou trop peu.

Aujourd'hui, l'édition en ligne, grâce à ce formidable outil de diffusion qu'est internet, permet de tracer un chemin entre ses deux points que sont l'édition et la non-édition. Elle permet d'élargir un peu le champ des lecteurs. Un peu seulement, il ne faut pas se leurrer là-dessus, car faute de publicité réelle et sauf alchimie imprévisible, on restera invisible au plus grand nombre, noyé dans la masse, en diffusion restreinte. Il reste que chaque lecteur supplémentaire insuffle la vie aux mots qui ont été écrit, simplement parce qu'ils sont lus et qu'ils ont été écrits pour l'être.

Une étape, donc. Ce qui signifie qu'en adoptant cette démarche l'auteur ne renonce pas, en aucun cas, à voir ultérieurement son travail reconnu et édité plus largement, voir ses manuscrits devenir livres, son travail être rétribué, et ses livres achetés par des lecteurs plus nombreux être lus et appréciés. Avoir le plaisir d'être lu et avoir celui d'en donner, et de ce plaisir en obtenir le plus possible.

Une étape aussi, parce que si ce passage par l'édition en ligne permet un tant soit peu à l'auteur qui en passe par là de développer un petit lectorat, c'est également une assise qui ne peut que constituer un plus pour un éditeur qui serait éventuellement intéressé par son travail, une sorte d'argument commercial - le mot n'est pas sale et un auteur n'a pas nécessairement à endosser le rôle un peu hypocrite de l'artiste naïf et pur qui refuse d'être concerné par ce genre d'argument beaucoup trop en-dessous de la ceinture, ou de la hauteur à laquelle il place son esprit... C'est qu'il doit bien y avoir une mauvaise raison, tout de même, pour laquelle les livres ne sont pas distribués gratuitement dans les lieux publics. Pas plus que le pain...

Mais puisque c'est sur ce thème que je suis arrivé, j'en termine par là en disant que si pour ma part j'ai tenu à adjoindre sur ce site la possibilité de "faire un don à l'auteur" à celle de "télécharger librement", c'est bien pour souligner que si ma démarche n'est là en aucun cas commerciale, je n'en vise pas moins à une certaine reconnaissance de mon état d'écrivain et du travail, en sus du plaisir, que cela implique.

Pour faire court, disons qu'il s'agit d'une proposition faite aux lecteurs d'un mécénat symbolique. A moins que ce ne soit en définitive la proposition elle-même qui relève d'une certaine symbolique...





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Hannibal Balibar



Je l'ai rencontré lors d'une fête.
Il faut que j'en dise bientôt davantage.

Ce n'est pas encore le moment.


Hannibal Balibar





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