Humour et Adolescence
Le cerveau adolescent est-il inapte à l'humour ?
Il y a
peu, j'avais confié sur ce blog l'agacement que je ressentais à
l'écoute répétée des interminables gammes que ma fille tire
péniblement de la flûte à bec qu'on semble lui avoir greffée au
bout des lèvres depuis qu'elle a fait son entrée en sixième. Le
post s'intitulait "Flûte à bec : Parents en danger". De fait
l'idée m'était alors venu de mettre en ligne une pétition visant à
autoriser les parents, par mesure de sauvegarde, à pousser par la
fenêtre - sans limite d'étages - un enfant qui abuserait du dit
instrument sous prétexte de faire ses devoirs... Bref, j'avais
tenté de traiter le mal - mon agacement - par une tentative
humoristique - humour probablement de mauvais goût, mais c'est
comme ça que je l'aime.
Or il se trouve que le sujet a suscité un débat tout à fait sérieux sur le forum du site Dark Refuge, site qui se présente comme "une Web-communauté orientée Gothique - Metal - Vampire - Fantastique", où l'on parle de satanisme, de démons et d'anges, de piercing et de tatouages tribals... Un site de jeunes gens passionnés, en somme, et sur lequel la seule chose qui me surprenne est que l'on puisse y débattre longuement, et uniquement au premier degré, d'une pétition pour l'interdiction de la flûte à bec - sujet lancé par Wulf, Antédiluvien...
Outre l'incongruité apparente d'un tel débat sur un tel forum, je me déclare surpris qu'au long de leur discussion aucun d'entre ces jeunes et aimables gothiques n'a émis l'hypothèse que la pétition en question était peut-être à prendre au second degré, que ce ne serait juste qu'une blague pas drôle. Et j'en conclus que, soit les ados sont totalement dépourvus d'humour, soit leur cerveau est tellement différents de celui des autres êtres humains que l'humour des uns est totalement hors de portée de celui des autres... A moins qu'en réalité, ultime explication de leur comportement étrange, ils nous prennent vraiment pour des cons - ce en quoi, en ce qui me concerne, on ne pourrait leur donner tout à fait tort.
L'Art de la Joie, de Goliarda Sapienza
L'Art de la Joie : juste un extrait
Une
gourmandise sucrée-salée de quelques 600 pages. Le livre d'une vie,
celle d'une femme insoumise à travers son siècle italien. L'Italie
comme on la suppose, c'est-à-dire comme on l'aime. Une femme que
l'on voudrait avoir bien connue. A dévorer lentement... pour de
chaque page savourer le nectar, de chaque mot la poésie brutale. Un
roman dont chaque page est un roman. Quelques mots extraits de ce
livre fulgurant de Goliarda Sapienza, comme une mise en
bouche - morceaux choisis pas tout à fait au hasard :
Que faisais-je au milieu de ces stylos et de
ces crayons alignés sur mon bureau ? Ou était-ce un autel ? J'avais
commencé par jeu... Mais en regardant en moi-même je vis mon avenir
: prise dans ce traquenard, les jambes coupées par le piège "d'être
quelqu'un". J'avais fui le couvent ; mais la religiosité jetée par
la fenêtre ressurgissait par quelque trou de ma chambre,
chevauchant le rat de l'esthétique. Je le vis, le rat mystique. Les
yeux couleurs de rouille de l'insatiabilité scrutaient, voraces,
des recoins ombreux. Ils épiaient ma jeune chair, ma poitrine, pour
trouver une fissure et entrer en moi et ronger l'ossature de mon
squelette soudée par la joie. L'arrêtant net, je sus que je m'étais
justement méfiée, et que quelques instants d'inconscience encore
m'auraient fait tomber hors de la réalité en proie à cette drogue
nommée "artiste", drogue plus puissante que la morphine et la
religion. Il comprit et il détacha son regard du mien pour
s'enfuir.
[extrait de "L'Art de la Joie" de Goliarda Sapienza, aux éditions
Viviane Hamy.]
"L'Art de la Joie", de Goliarda Sapienza
Flûte à bec : Parents en danger !

Manifeste pour la suppression de
l'enseignement
de la flûte à bec en classe de 6ème
Apprendre la musique, soit.
D'accord aussi pour acheter une flûte à bec plutôt qu'un piano ou un trombone à coulisse
Mais pourquoi nos petits chérubins préadolescisants devraient-ils ramener du travail à la maison ?
Les professeurs de musique ne se rendent pas compte du calvaire quotidien vécu par des parents contraints de subir chaque soir, et à longueur de week-end, la litanie dissonante d'une flûte à bec plutôt hésitante :
Ceci est un appel à l'aide : Soutenez-nous ! Signez la pétition pour la reconnaissance du droit des parents à gifler un enfant qui joue de la flûte à bec.
Flûte à bec : Parents en danger !
Google aime avoodware
le pagerank de avoodware.com
Moins d'une année d'existence et voici déjà mon pagerank (en gros, il s'agit de l'indice de popularité des sites oueb utilisé par Google) qui, après avoir longtemps stagné à 2, atteint le niveau 4.
Et vous êtes, en effet, non seulement de plus en plus nombreux à venir visiter ce site, mais aussi de plus en plus nombreux à y revenir et à naviguer d'une page à l'autre, et à prendre le temps de lire, ici où là... De plus en plus nombreux, surtout - car c'était tout de même l'envie première qui était à l'origine de ce site -, à télécharger l'un ou l'autre des textes que j'y ai mis en ligne.
Mon seul regret est que vous restiez des lecteurs muets. Que ce soit via les commentaires de ce blog ou bien via le livre d'or, que ce soit sur le forum ou bien par l'intermédiaire de la page contact, je ne suis pas parvenu - ou trop peu à mon goût - à vous faire réagir, à créer un peu de cette interactivité qu'est censé permettre ce lieu et qui le rendrait plus vivant.
Mais cela aussi viendra, sans doute...
Forêts : Wajdi Mouawad
Un spectacle vivant !
(deux morts et un blessé grave)
Il y a eu
d'abord, au Stade de France, le Ben Hur de Robert Hossein,
où l'on apprend principalement que le Christ jouait au football
dans le désert d'Egypte et avait des pouvoirs de super-héros... : A
EVITER ABSOLUMENT !
Il y a eu ensuite, à la Comédie Française, un Lassalle qui tire ce qu'il peut d'Il Campiello, une pièce de Goldoni à mon sens sans beaucoup d'intérêt (où l'on démontre avec tout de même un brin de condescendance que les pauvres sont de grands enfants) : SI VRAIMENT VOUS N'AVEZ RIEN D'AUTRE A FAIRE...
Il y a aussi Quartett, à l'Odéon, sur une mise en scène de Robert Wilson et avec Isabelle Huppert et Ariel Garcia Valdès. C'était prometteur... Et si en effet Robert Wilson possède indubitablement le sens de la mise en beauté de l'espace scénique, si en effet Ariel Garcia Valdès est un comédien magnifique, et si en effet Isabelle Huppert, grande comédienne elle aussi, en fait toujours trop comme à son habitude - fâcheuse façon de jouer avec cet air de dire : "regardez ce que je sais faire et comme c'est compliqué" -, nous assistons au final à un spectacle creux qui laisse tout loisir d'admirer le fabuleux plafond du théâtre de l'Odéon enfin rénové : S'ABSTENIR AVEC FORCE.
Alors, courrez donc plutôt au Théâtre de
Malakoff. S'y joue jusqu'au 4 novembre, Forêts, un
spectacle écrit et mis en scène par Wajdi Mouawad, et joué avec
force et bonheur par une troupe de comédiens tous excellents.
Difficile de faire le synopsis de la pièce tant ce à quoi l'on
assiste est foisonnant. Imaginez cependant le long retour sur ses
origines d'une adolescente québécoise qui cherche dans son histoire
familiale, sur sept génération de femmes et de mères, une
explication à son mal-être ; une longue et éprouvante traversée
d'un siècle et demi d'Histoire, d'une guerre à l'autre, d'une
atrocité à l'autre, d'une histoire d'amour à l'autre, de vie donnée
en vie reçue sur un chemin jalonné par la folie et la mort.
Le trop n'est pas évité, et l'on pourrait dire que le spectacle qui
nous est donné à voir est trop violent, trop hystérique, trop
complexe et trop long, que la part de tragédie y est trop
importante, que les rebondissements y sont trop nombreux, que l'on
frise trop souvent le rocambolesque, que la mise en scène fait la
part trop belle aux effets de style, que tout est trop dit et trop
montré... si, de tout ce trop, l'on ne ressortait secoué, ébouriffé
et finalement enthousiaste. Imaginez donc que soit condensée en un
seul spectacle toute la tragédie des Atrides, que dans la même
pièce Atrée contraigne son frère, Thyeste, à manger ses douze
enfants, qu'Agamemnon, fils d'Atrée, sacrifie aux Dieux sa fille
Iphigénie, qu'Egisthe, treizième enfant de Thyeste, séduit
Clytemnestre, femme d'Agamemnon, puis qu'ensemble ils assassinent
ce dernier à son retour de Troie, puis qu'enfin, pousser par sa
soeur Electre, Oreste, fils d'Agamemnon et de Clytemnestre, tue sa
mère pour venger la mort de son père...
Oui, cela pourrait être trop si le tout n'était servi par une mise
en scène inventive et tendue, où rien n'est gratuit, où tout fait
sens, et des comédiens tous parfaits, chacun au service des autres,
du texte et du spectacle donné. Oui, il y faudrait surtout un grand
metteur en scène... et c'est justement cela qu'est - entre autres
choses - Monsieur Wajdi Mouawad (qui nous avait déjà enchanté il y
a quelques années en nous présentant un Les Trois Soeurs
aussi moderne que magistral). Forêts : ABSOLUMENT
IMMANQUABLE !!!
La Turquie, le génocide arménien et les députés français
De quoi j'me mêle ?
Les députés français ont voté une loi pénalisant la négation du génocide arménien.
La première question qui vient à l'esprit est : pourquoi aujourd'hui ce besoin de légiférer ? A-t-on récemment entendu en France des gens clamer que le génocide arménien n'avait pas eu lieu ? Assiste-t-on en France à un débat acharné autour de cette question ? Combien même d'historiens français travaillent-ils sur cette période de l'histoire turque et arménienne ? Et, parmi ceux-là, combien nient la réalité du génocide ? Peu. Aucun ? Pourquoi alors cette soudaine nécessité de légiférer ?
Faire la leçon à la Turquie ? Rassurer la communauté arménienne de France ? Est-ce bien là le rôle de la représentation nationale ? On pourrai tout aussi bien faire une loi pénalisant la légitimation de l'intervention américaine en Irak, afin de faire la leçon aux Etats Unis d'Amérique et rassurer la communauté irakienne de France. Et une autre qui pénaliserait la négation de l'attentat terroriste du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center, pour faire la leçon à Al Quaïda. On pourrait voter la pénalisation du soutien à l'autorité palestinienne et ses chefs terroristes, pour faire la leçon au Hamas et soutenir la communauté juive de France... ou le soutien à l'Etat Israélien et sa politique d'occupation des territoires palestiniens et d'oppression du peuple palestinien - une bonne leçon pour Israel, non ?
Ou bien, ne faudrait-il pas mieux que la France se garde un peu de son côté donneuse de leçon, laisse chaque Etat et chaque peuple faire le chemin de sa propre histoire et de ses propres errements, et se préoccupe davantage de balayer devant sa porte, regarder les grosses poutres qu'elle a dans son oeil historique. Et à ce propos je suggérerais bien à la Turquie de voter une loi condamnant la négation d'une France qui a largement et activement collaboré avec l'autorité nazie, prenant toute sa part, durant la seconde guerre mondiale, dans la déportation et le processus d'extermination des juifs français ; cette France qui aujourd'hui encore se plaît surtout à glorifier sa minorité résistante, a mis longtemps avant de reconnaître la responsabilité prise par l'Etat français installé à Vichy, et se garde surtout d'incriminer le comportement peu glorieux de son peuple, soumis, passif et à l'occasion collaborateur.
On justifie cette loi sur le génocide arménien en faisant le parallèle avec le négationisme qui vise le génocide juif commis par l'Allemagne Hitlérienne et ses alliés - dont la France, donc. Mais c'est là feindre d'oublier que ce qui rend condamnable ce négationisme-là n'est pas dans la négation historique elle-même, mais bien dans sa dimension antisémite : afin que le juif soit coupable, il est nécessaire de lui retirer son image de victime. C'est le juif, ennemi sournois et menaçant, qui est visé par ce négationisme-là et qui en fait sa spécificité, assimilable à l'antisémitisme, donc au racisme, ce qui de fait le rend condamnable au regard de la loi française, comme l'est toute apologie du racisme ou de l'antisémitisme.
On ne peut en aucun cas prétendre que la négation du génocide arménien, aussi blessante puisse-t-elle être pour le peuple arménien, viserait à stigmatiser ce peuple. La négation de ce génocide-mà est essentiellement la difficulté d'un Etat à se retourner sur son histoire et à l'assumer. Difficulté sur laquelle, pour bien la connaître, la France devrait se garder un peu plus de se faire donneuse de leçon. Elle y gagnerait en sens de la décence.
La loi française - et c'est tout à son honneur - condamne l'apologie du racisme, de l'antisémitisme, ou de l'homophobie. C'est à ce titre que la négation de la Shoah fait en droit français l'objet de sanctions pénales. restons-en là et ne dérivons pas vers la pénalisation de toute négation historique en tant que telle, au risque d'atteindre gravement à la liberté d'expression. Il doit être possible en France de nier que Jean Moulin fût un grand résistant, que le général de Gaulle fût un libérateur, que l'on coupât la tête à Louis XVI, que Jeanne d'Arc fût pucelle ou qu'un vase fut cassé à Soisson. Je veux, pour ma part, pouvoir continuer à clamer haut et fort que jamais Zidane n'a mis un coup de tête à Materazzi, un soir de finale de coupe du monde, en l'an de grâce 2006, quand l'équipe de France fut sacré pour la seconde fois championne du monde de football...
La Turquie, le génocide arménien et les députés français
Zidane, un héros de légende
Zidane, le légendaire
Zidane est
grand
Zidane ne met pas un coup de boule dans les vestiaires et loin des caméras
Zidane met un coup de boule quand il y a coup de boule à mettre
Zidane est droit
Zidane est pur
Zidane est grand jusque dans le pétage de plomb
Zidane est magique
Zidane est mythique
Zidane est tragique
Zidane est épique
Zidane est éternel
Zidane est comme Mitterrand, un personnage de roman, sublime jusque dans sa part d'ombre
Il ne s'agit pas d'aimer ou de ne pas aimer Zidane
Il s'agit de s'agenouiller devant Zidane et le vénérer
Zidane est une idole
L'Italie a gagné la coupe du monde ?
Quelle coupe du monde ?
Il n'y a pas eu de coupe du monde !
Juste le jubilé de Zidane, sa dernière épopée
Juste la mise à mort du héros par lui-même
Zidane c'est Molière qui meurt sur scène
Zidane c'est le Christ qui plante lui-même les clous
Zidane c'est Achille aux pieds légers et le vieux Ulysse réunis en un même personnage
Zidane... c'est Zidane
La tête dans la vase
Ecrire...
Je me sens parfois petit poisson qui tourne en eau de boudin dans son bocal de verre.
et son foutware
Culte de l'enfance
On dit le petit Gregory ou la petite Anne-Sophie, le petit Michel ou la petite Jennifer. On ne dit jamais le gros Léon, la grande Sylvie ou la vieille Simone.
et son foutware
Qui s'enfuit déjà
Le présent est un mourant qui n'en finit jamais de mourir, de crever et de partir en lambeaux dont le souvenir est une nécrose
Nécrose de ce qui a été et qui a cessé d'être, qui ne sera plus.
et son foutware
Don de soi
Un sourire est la seule chose que l'on donne et qu'on ne peut reprendre, la seule chose qu'il est possible de donner vraiment.
et son foutware
Météo : avis de grand froid
Elle s'éloigne de moi
Sa froideur me pénètre
Me glace
Et s'étend sur le monde
Et s'étend sur le monde
Et s'étend sur le monde
et son foutware
Faire la nique à la nécrose
Ce matin, une vieille dame est passée devant moi, lentement, vacillante, le dos courbé, se traînant avec difficulté appuyée sur une béquille en métal. Elle était souriante et ridée, fragile. Elle ne semblait pas exaspérée par sa laborieuse progression. Un coup de vent l'aurait emportée, disloquée, éparpillée sur le trottoir. Elle a traversé la rue. Le temps que le feu passe au vert lui fut tout juste suffisant. Elle s'est appuyée contre un arbre pour reprendre son souffle. Puis elle a fouillé dans son sac en toile, en a extirpée une petite clé et a libéré de son antivol une trottinette à moteur électrique. Juchée sur son engin, elle a filé sur l'asphalte, souriante et ridée.
lire plus dans le foutware
Hamlet [un songe] : Shakespeare / Lavaudant / Odéon
Hamlet comme dans un rêve
Etre ou ne pas être. Mourir, dormir...
Etre ou ne pas être Hamlet.
Jouer. Rêver peut-être.
Mais qui donc est Hamlet ? Que lui arrive-t-il ? Par quel sorte de désespoir est-il habité, hanté peut-être ? La folie tragique d'un prince, ou plutôt l'insupportable lucidité d'un homme ? Et pourquoi a-t-on le sentiment de n'en avoir jamais terminé avec cette pièce, comme d'un diamant qui nous fascine et dont chaque facette serait en elle-même le coeur impénétrable ?
Un diamant sur lequel beaucoup se sont cassés les dents, tant c'est un pari toujours très risqué que de prétendre donner à voir d'Hamlet une autre facette. Gageure que Georges Lavaudant a osée pourtant, et avec un grand bonheur. Et c'est donc sur un bel augure que l'Odéon rouvre enfin ses portes.
Mais avant d'en parler, un mot d'abord sur Hamlet. Dire simplement qu'entendre cette pièce est chaque fois, en soi, un immense plaisir, tant il y a entendre, tant on ne se lasse pas de sa poésie et de sa drôlerie, tant est profond son puits tragique, et tant chaque scène est un choc et chaque réplique un régal. Et tant il semble impossible enfin d'en avoir jamais fait le tour. Chaque fois, c'est aux tripes qu'elle nous saisit, et chaque fois ce sentiment d'une vérité révélée qui nous pénètre et nous remue. Et aussi, cette impression diffuse qu'on passe à côté de l'essentiel, qu'on n'a pas tout entendu, qu'il en reste encore qui nous a échappé.
Et c'est bien le seul reproche que j'aurai à émettre sur cet Hamlet que Georges Lavaudant nous présente : ce songe d'une tragédie qui file à toute allure devant nos yeux, ça va trop vite, il en manque, se dit-on, on n'a pas eu notre compte des mots sublimes de l'auteur. Mais ce n'est pas un reproche, juste un regret, ce goût diffus d'inachevé que laisse un rêve après que l'on s'est éveillé, cette frustration qui en est toute la saveur et qui persiste et nous accompagne au long de la journée, ce songe qui nous habite et nous hante parce qu'il a fait partie de nous et s'estompe déjà dans les brumes de la trivialité du réel.
Car c'est à cela, donc, que nous donne à assister cette représentation d'Hamlet, les songes d'un homme, Hamlet qui rêve la vie d'Hamlet, qui assiste en spectateur à sa propre tragédie, qui la joue et la met en scène aussi, la comédie d'un homme. Mise en abîme parfaitement maîtrisée, servie par une scénographie splendide et aérienne, et par un comédien, Ariel Garcia Valdès, magnifiquement omniprésent, central, le coeur du songe de lui-même : Valdès qui joue Hamlet qui joue Hamlet qui ne sait pas ce qui est réel. Etre, ne pas être, mourir, dormir, rêver peut-être... Valdès qui est Hamlet qui tient Hamlet à distance et en observe l'humaine tragédie. Parce que rêver, c'est à la fois être intensément et être à distance de soi, c'est la réalité et l'imaginaire qui s'imbriquent et deviennent indissociables de ce qui arrive et qui est inéluctable, et qui est le théâtre de la vie où nous sommes tous à la fois acteurs et spectateurs. Parce qu'est-ce qu'un rêve sinon la vie théâtralisé ? Et qu'est-ce que la vie, peut-être, sinon ce songe que nous faisons de nous-mêmes ?
Quel sens cela aurait de dire davantage que cela ? Voilà donc enfin du théâtre !
"Hamlet [un songe]" : Shakespeare / Lavaudant / Odéon
Appel du Réseau Education Sans Frontières
Pétition nationale : NOUS LES PRENONS SOUS NOTRE PROTECTION !
Pour des milliers d’enfants et de jeunes majeurs, le 30 juin 2006 ne marquera pas le début des vacances d’été, mais bien le commencement d’un calvaire. En effet, à cette date, le sursis que M. Sarkozy avait dû accorder aux jeunes majeurs sans papiers scolarisés et aux parents d’enfants scolarisés tombera. Suspendues parce que les mobilisations d’écoles et de lycées se multipliaient, les expulsions reprendront.
Lire les explications et le texte de la pétition sur le site du Réseau Education Sans Frontière.
Appel du Réseau Education Sans Frontières
Luz ou le temps sauvage, de Elsa Osorio
Luz ou le temps sauvage : tendre et fort
A la naissance de
son premier enfant, Luz a l'intuition du secret qui entoure les
circonstances de sa propre venue au monde. La jeune femme part
alors à la recherche de ses origines et le lecteur se retrouve avec
elle plongé dans un morceau de l'histoire tourmentée de
l'Argentine, l'histoire d'une dictature militaire et son cortège
d'atrocités, un temps sauvage où régnait la peur et la répression,
où des êtres proches disparaissaient, étaient emprisonnés, torturés
et assassinés, où l'on l'on retirait les nouveaux-nés à leurs mères
"subversives" pour en fournir comme d'une marchandise les familles
"respectables", proches du pouvoir militaire. Les mères
disparurent, les enfants grandirent dans l'ignorance de leur propre
sang et, plus tard, les grands-mères s'organisèrent pour rechercher
les enfants de disparus et les rendre à leur véritable
identité.
Avec le soutien des Grands-Mères, Luz parvient à reconstituer le fil des événements qui la conduisirent du ventre de sa mère au bras de la fille d'un lieutenant-colonel tortionnaire. C'est à son père qu'elle a fini par retrouver qu'elle en fait le récit. Un roman d'une très efficace finesse qui emporte le lecteur dans sa fluidité lumineuse et parvient sans forcer à l'émouvoir. J'ai beaucoup aimé. A lire et à déguster.
Luz ou le temps sauvage, de Elsa Osorio, aux éditions Métailié
"Luz ou le temps sauvage", de Elsa Osorio
Du processus artistique
Alimenter son esprit comme on alimente son corps.
Se Nourrir
Digérer
Froncer les sourcils
Et puis expulser la merde
Ensuite, prétendre que c'est de l'art.
Ou bien avoir du talent : façonner l'étron, le rendre appétissant, en nourrir ses semblables...
Auto suggestion
S'ébattre plutôt que se débattre.
L'écrire une fois, et puis garder en soi le sens des mots.
Être plutôt que dire.
Être et puis trouver le plaisir.
S'ébattre.
Être.
Coup de froid
On est seul...
L'amour est un mirage, sublime et grandiose, une illusion puissante, qui parvient à donner à croire qu'il est possible d'être deux, délicieusement possible de dire nous.
Pour échapper à sa désespérante solitude, l'homme passe sa vie à chercher et poursuivre l'amour. C'est un autre qu'il cherche... Et une chimère qu'il poursuit.
L'amour est une simple saison qui passe en laquelle deux âmes solitaires se frôlent. La mort, un coeur figé par un gel d'hiver et qui a cessé de marteler son cri sourd.
On est seul, toujours. Et on a froid.
La quête de l'amour n'est que prétexte à la nécessité qu'il y a à faire la route à deux, se réchauffer un peu l'un l'autre et penser un peu moins à soi. Croire.
Oui, croire... Et l'amour n'est finalement qu'un Dieu universel, et le couple la religion officielle.
Sarkosy, l'Amour et la France (en cours de rédaction)
Hier, Nicolas Sarkosy a proclamé : "On en a plus qu'assez d'avoir en permanence le sentiment de s'excuser d'être français. On ne peut pas changer ses lois, ses coutumes parce qu'elles ne plaisent pas à une infime minorité. Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter"
Passons rapidement sur cette drague éhontée des électeurs d'extrême droite en empruntant sur ces thèmes, la ficelle est bien grosse et manque dramatiquement de subtilité, et interrogeons-nous sur ce que cela signifie, aimer ou ne pas aimer la France.
La France, de quoi parle-t-on ? On n'imagine pas que Sarkosy rendait là et seulement un hommage bucolique à la sublime diversité de nos paysages. Alors de quoi parlait-il ? De la grandeur de la France, ce qu'elle a représenté dans l'Histoire des Nations ? La France des Lumières et de la Révolution, terre d'accueil et d'universalité, patrie des Droits de l'Homme : certes, on peut aimer cette France-là, et aussi s'interroger sur ce qu'il reste aujourd'hui de ce lustre d'antan que nous avons coutume d'observer avec une tendre et impardonnable complaisance, oubliant allègrement la part d'ombre : la France de la terreur, la France esclavagiste, la France de Pétain et de Laval, la France antisémite, la France colonialiste, la France raciste et repliée sur elle-même.
Et aujourd'hui, est-elle tellement aimable, la France ? La France, c'est aussi ce pays qui vote à 20% pour l'extrême droite, ce pays qui parque ses immigrés, et les enfants de ses immigrés, et les enfants de leurs enfants, en périphérie des grandes villes, ce pays dans lequel il est si difficile de trouver un travail et un logement lorsque l'on a des origines africaines un peu trop marquées, ce pays qui en vérité exclut bien plus qu'il n'accueille, ce pays qui a peur de sa diversité c'est-à-dire de son propre reflet. Aimer la France ou la quitter ? Il y a peut-être une alternative : aimer la part de lumière et rejeter la part d'ombre, aimer suffisamment l'une pour ne pas passer l'autre sous silence, vivre à l'endroit où l'on se trouve et vouloir tenter de changer les choses, remettre un peu la France sur un chemin qui ressemblerait davantage à ce à quoi elle prétend, tolérance et générosité, liberté et fraternité, égalité et justice.
Aimer la France, en vérité je ne sais pas bien ce que cela peut signifier, sinon dire justement qu'elle ne serait pas diverse et multiforme, dans sa population comme dans ses lois et ses coutumes, ses croyances et ses traditions, dire qu'elle ne serait pas en évolution constante mais figée à jamais sur ce reflet d'elle-même qu'elle aime tant, cette France bien catholique, bien blanche et bien sûre d'elle-même et de son rayonnement. Et ainsi, proclamer son amour de la France et de ce qu'elle a toujours été - de ce qu'on voudrait qu'elle ait toujours été - revient en réalité à proclamer que l'on n'aime pas ce qu'elle devient, ou du moins que l'on en a peur.
Où l'on comprend donc qu'un petit bonhomme nous faisait simplement l'aveu de son indécrottable conservatisme, terreau de toutes les crispations qu'on lui connait. Ce qui conduit directement à cette question : Aimerions-nous la France de Nicolas Sarkosy ?
Les jouets de Dieu
Dieu est un enfant capricieux.
Et nous sommes ses jouets. De petits soldats de plomb disposés sur
le sol de sa chambre.
Pan ! T'es mort.
Deviendra-t-il adulte un jour ?
Il nous faut l'espérer comme la promesse d'un paradis
terrestre.
Mais nous aurons d'abord à traverser avec lui
les tourments de ce purgatoire qu'est l'adolescence.
Une période sombre et de nouveaux jeux solitaires dont nous avons
beaucoup à craindre.
Ecrire à hauteur de soi
J'ai commencé par une nouvelle, comme tous les écrivaillons, ou beaucoup d'entre eux. Comme on fait quand on pense en avoir fini avec les petits poèmes adolescents et leurs relents néo-pubères.
Une nouvelle, parce que ça semble plus simple, et aussi parce qu'on s'imagine qu'il sera moins douloureux de mettre dix pages au panier plutôt que trois cents. L'impression que cela fera moins mal. Ce n'est pas vrai, on y met autant d'orgueil et il suffit d'une demi-page pour comprendre comme il est difficile de se confronter à ses propres insuffisances, ses propres incapacités, savoir qu'on n'a rien produit qui puisse prétendre à davantage qu'à ce grand catalogue des médiocrités dont on tire de médiocres livres. Toutes ces merdes auxquelles on passe un ruban et qui s'exposent sans pudeur sur les présentoirs prétentieux des librairies de France.
Ce n'est pas pour cela qu'on écrit. On voudrait bien que cela ne fut pas pour ce résultat trivial, trop éloigné des ambitions supérieures de l'artiste qu'on prétend être ou devenir - mais je ne crois pas qu'on puisse devenir artiste, pas en tout cas comme on devient boulanger, à force de travail et d'abnégation ; il y a autre chose, mais quoi ?
Certes, le ruban est utile. C'est tout de même qu'il faut bien vendre un peu, être lu. A quoi bon écrire sinon. Exposer son cul, seul dans l'obscurité d'une pièce aveugle, ce n'est pas pour cela qu'on écrit. Pourtant, le tintement de la monnaie dans l'escarcelle, trace tangible et certainement pas vulgaire laissée là par un lecteur qu'on ne voit ni n'entend, ce n'est pas non plus ce après quoi l'on soupire.
*
Exposer son cul. Ce besoin qu'on a de s'exprimer. Dire et être entendu. Ecrire et être lu. Etre sincère et séduire. Vendre mais sans faire du commerce. Ne pas chercher à plaire, mais plaire quand même.
On ne montre pas son cul pour que celui qui le regarde le trouve beau et se mette à bander. Il faut néanmoins qu'il soit présentable, visible et regardé pour qu'on puisse justifier de le montrer. Etre lu pour justifier que l'on écrive. Et donner un peu de plaisir aussi, pour justifier que l'on existe.
C'est donc un miroir que l'on espère. Toute la différence entre le strip-tease et l'exhibition : le plaisir de l'autre, dans un cas comme une finalité, dans l'autre comme un simple hommage. Un écrivain est un exhibitionniste, pas une strip-teaseuse. Il ne s'agit pas pour lui de plaire, il ne s'agit pas d'abord de cela, ni surtout des artifices dont il faudrait user pour y parvenir, s'assurer que l'on va pouvoir vendre beaucoup.
*
Au début, c'était facile. Les idées venaient à moi sans qu'il me fut besoin de les appeler. Je n'avais qu'à poser les mots, les ordonner et hop ! une nouvelle. Et puis une autre. Et bientôt six qui firent un recueil. Un peu trop longues ? Pas grave, il n'y a qu'à dire que ce sont des récits. Un recueil de récits, voilà.
De la merde ? En réalité, même pas. Pas si mauvais pour un début. De sympathiques petites histoires. Pas beaucoup d'humour certes, mais un peu quand même. Pas vraiment écrites avec les tripes mais bon, quelques moments d'émotion à l'occasion. Qui leur tireront bien une larme ou deux. Des mots, des phrases, un livre donc.
La potentialité d'un livre comme il y en existe des milliers et en moi, rien. Sensation de rien. De la poudre aux yeux, des paillettes, du vent. Je n'y étais pas. Je n'avais rien donné qui m'appartienne, un peu de bile tout au plus. Même pas mal. J'étais encore debout, coincé dans mon douillet petit cocon qui deviendrait aussi mon cercueil. J'avais tombé la cravate, et puis quoi ? Et aujourd'hui encore, quoi ? Toujours ce putain de noeud autour de mon cou trop large, ce noeud bien serré et qui m'empêche de gueuler comme un porc. Allez, un petit effort mon garçon, laisse-toi donc égorger. Qu'on voie enfin tes tripes.
Sept ans et j'ai tout gardé à l'intérieur. Sage petit bonhomme.
*
Bon, tout de même, envoyons ça aux éditeurs. En reçoivent des paquets de cette bouillie sans odeur ni saveur. En publient même puisque ça se vend pour peu que l'emballage... Pourquoi d'ailleurs feraient-ils la fine bouche ? Sont pas là pour faire des entrechats, après tout.
Pas d'angoisse en tout cas. Un refus ne signifiait pas que c'était mauvais, simplement que ce n'était pas génial. Ça, merci, je le savais. Me déplairait pas moi, pourtant, de pondre un truc génial. Même trois lignes. Faudrait que ça me fasse mal comme de s'arracher lentement une oreille. J'y suis prêt. On ne crée pas à partir de rien. Il faut donner de soi. L'art...
Mais je ne vais pas me mettre à disserter sur l'art. Tout le monde s'en fout. Moi en tout cas je m'en fous. Je ne sais pas ce que c'est, l'Art. Ne veux surtout pas le savoir. Je ne suis pas à la recherche d'une expression ni d'une reconnaissance artistique. Je ne cherche qu'à dire et raconter, créer pour cesser de vivre et enfin exister, créer à partir de moi pour être et cesser de mourir connement comme un lapin au milieu de la route qui crève en regardant les camions lui passer dessus et les compte : un deux trois me casse les noix, quatre cinq six chaire à saucisse...
Enlever la peau, fouiller dans les chairs à mains nues et mettre le tout sur la table. Pousser les mauvais morceaux en avant, ceux qui sentent le plus fort. Parce qu'il s'agit que ça pue pour que ça vaille un peu la peine. Il s'agit de sortir sa merde et en faire de la dentelle. C'est ça l'inspiration, se nourrir de sa propre matière fécale. Et écrire, finalement, ce n'est que vomir avec un peu d'élégance.
N'en suis pas là. Ne sais pas comment m'y prendre, pour entrouvrir les vannes. Laisser couler un petit filet. Et j'observe avec grand intérêt ce qui sort des autres, mes contemporains. Pas grand-chose le plus souvent. Aucun souffle de vie, ou de mort. Aucun souffle du tout. Quelques malheureuses petites pages et imprimées en gros caractères pour que ce soit plus facile à lire, des phrases creusent et qui se la racontent. Des petites histoires de cul avec des gros mots. Pas de vulgarité surtout, juste un petit peu de soufre pour que ça hume moderne. C'est le parfum contenu du scandale qu'on y trouve, rien d'autre. Le must en ce moment : des femmes qui parlent de leurs culs en faisant des phrases courtes, un langage cru, pas plus de cent cinquante pages. Un bon produit marketing.
Pourquoi pas, d'ailleurs. Mais parmi ceux-là, combien d'écrivains ? Ils disent un peu, ils expriment un peu, ils racontent un peu, mais ils n'écrivent pas. Les mots sont posés sur le papier, en ordre, proprement, savamment même pour certains et tiens, ce serait presque joli, mais on n'y voit pas leur âme, ou la nôtre qui s'y reflèterait, ou une âme, n'importe laquelle. Leurs livres ne sont pas écrits et n'en sont pas, seulement un peu de papier et puis de l'encre.
L'écriture, c'est ce petit truc en plus qui d'un livre fait un livre vrai, la différence qu'il y a entre faire l'amour gentiment à sa femme et une bonne grosse baise avec une inconnue - ou quand on réalise que sa femme est aussi cette inconnue. Ecrire c'est tremper sa plume jusqu'aux entrailles et continuer à bouger le cul même quand vient la douleur. Cent fois, mettre l'autre cul par-dessus tête, et puis le laisser pour mort. C'est cela que fait un livre vrai à son lecteur : il le baise, le fait jouir et puis le fait mourir. Un bon petit bouquin, c'est de la branlette, c'est agréable, ça ne fait de mal à personne, merci et au revoir. Après vous êtes le même qu'avant, juste un petit peu plus proche de la mort. Mais on ne s'est pas ennuyé et c'est toujours ça de pris sur le non-être. Oui, sans doute, et puis quoi ? Et puis quoi quand une oeuvre vraie vous bouleverse et vous permet d'accéder à un peu d'éternité ?
*
Apprendre l'humilité et seulement écrire avec ce qu'on a. Ne pas renoncer, avoir beaucoup d'ambition, mais savoir mesurer chichement ses prétentions. Viser un peu au-dessus du commun et tenter d'ignorer qu'on ne s'élèvera pas si haut que ceux dont on aime les livres et qui sont les seuls vrais écrivains.
*
Oui, parvenir à hauteur de soi, ce serait déjà beaucoup.
Un parmi "Cent Mille Milliards de Poèmes" : le mien !
C'était à cinq o'clock que sortait la
marquise
Pour de fin fond du nez exciter les arceaux
La découverte alors voilà qui traumatise
Et tout vient signifier la fin des haricots
Il déplore il déplore une telle mainmise
Le vulgaire s'entête à vouloir des vers beaux
L'un et l'autre ont raison non la foule imprécise
À tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux
Le poète inspiré n'est point une polyglotte
Le lâche peut arguer de sa mine pâlotte
Les croque-morts sont là pour se mettre au turbin
Ne fallait pas si loin agiter les breloques
Grignoter des bretzels distrait bien des colloques
Le mammifère est roi nous sommes son cousin
Sonnet composé à partir et extrait de "Cent Mille Milliards de Poèmes" , de Raymond Queneau
Composez le vôtre... et placez-le en commentaire, ci-dessous.
NB : Au cas où il vous viendrait la bonne idée d'acheter le livre, ayez bien soin de noter cette utile précision, apportée par Queneau lui-même : "En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails)", soit tout de même près de 200 millions d'années...
Un parmi "Cent Mille Milliards de Poèmes" : le mien !
Ecrire et être
Bientôt sept ans que j'ai tourné la page. Tourné le dos à tout. Non, pas tout à fait tout. Juste un bon boulot et qui payait bien. Une certaine idée qu'on peut se faire de la réussite, cette illusion que je n'avais pas d'une utilité sociale. Tourner le dos à cela, c'était la partie la plus facile, une évidence en même temps qu'une nécessité. Mais d'abord une évidence.
Je n'ai renoncé à rien. Il n'y avait pas pour moi d'autre chemin. Créer et être. Etre enfin. Vivre. Ne plus passer le temps à faire semblant, semblant de croire qu'on pourra tromper la mort - c'est elle qui nous baise à la fin, de toutes les façons. Ne plus laisser passer le temps, donc, et vivre. Faire face. Ecrire...
Besoin d'écrire ou envie seulement ? Qu'importe, besoin d'exister vraiment. Ecrire était le seul moyen. Je n'ai renoncé à rien et je me suis mis à écrire.
Sept ans, et j'ai écrit quoi ? Quelques centaines pages. De la poudre aux yeux, un écran de fumée. J'ai écrit et je n'ai rien dit. Des mots, et puis des mots, et puis des mots. Rien. Du vent. Je suis absent, pas là, caché bien à l'abri de toutes les phrases creuses que je fais pour m'y dissimuler, ne surtout pas paraître. Et de ce point de vue, c'est une réussite : je ne m'y reconnais pas. Des creux et du vide autour. Je n'y suis pas, ne suis pas plus avancé que quand je perdais honnêtement ma vie. Je n'ai pas fait face et j'ai continué de biaiser. Encore et encore. Et encore.
J'avais dit : " je veux raconter des histoires" et c'était un leurre. Ce que je veux avant tout, c'est parler de moi, c'est être et exister à l'intérieur de mes mots. Etre révélé par les mots qui me viennent et être révélé d'abord à moi-même.
Pouvoir mettre mes tripes sur la table et y mettre le feu, être capable de cela. Me lâcher et décoller un peu. Ouvrir les yeux. Plonger à pleines mains dans mes entrailles noires, touiller et toucher un peu ce qui me ronge et me rend aveugle à moi-même. Faire face et ouvrir les yeux. Ecrire pour tenter d'y voir juste un peu plus clair et comprendre pourquoi on continue malgré tout, cette errance aveugle parmi ce rien qui est partout, en nous et autour, ce rien que l'on respire et qui nous étouffe.
La vie, cet abîme autour de nous et qui nous aspire...
La vérité est que j'ai le vertige et que je refuse de voir. Je ne cherche en réalité qu'à ignorer que je tombe. Trop dangereux, se lâcher. Mourir cramponné à l'illusion qu'on ne tombe pas. Faire des mots qui n'en sont pas. Des mots, des mots, rien que des mots encore et toujours. Pourtant, écrire...
Ecrire afin que chaque phrase soit une part de moi que je déshabille. Ecrire jusqu'à être nu. Nu et puis libre. On verrait bien alors si je pèse plus lourd que du vent. Ce simple amas de poussières et qui y retourne.
Il faudrait n'écrire d'abord que pour soi. Ne pas chercher à plaire. Effacer des mots ce sourire qui ne cherche qu'à séduire, cet éternel sourire de l'être qui a faim d'être aimé et n'est jamais rassasié de ça.
Seulement cela, écrire.
<<br />Et maintenant, un livre d'or
En trois mois d'existence, ce site a reçu plus de 7000 visites. Son rythme de croisière actuel oscille autour de la centaine de visiteurs par jour.
Alors aujourd'hui, je le confesse, j'en ai eu soudain marre de ne rien savoir de mes visiteurs, de ce qu'ils en pensent, de leurs impressions, de ce qu'ils pourraient avoir à en dire... de ce site, de ce qu'il contient, ce qu'on y a lu, voire de ce qu'on voudrait qu'il devienne. Votre avis, en somme.
Voilà donc pourquoi, j'ai mis en place un livre d'or.
Et je confesse également que vous me feriez un grand plaisir en en devenant les premiers contributeurs...
Dans Loin de Chandigarh, de Tarun J Tejpal
Manuel de l'Artiste en Jeune Homme. 1987
Petit déjeuner, sexe, journaux, ablutions
à 9 heures.
Début du travail à 9 h 30.
Pause à 13 heures.
Déjeuner léger et sieste de 13 à 16 heures.
Reprise du travail de 16 heures à 19 heures.
Une tasse de thé à 17 h 30 mais sans pause.
Ecrire un minimum de 800 mots par jour.
S'autoriser deux jours de repos par semaine. Soit : 4 000 mots par
semaine.
Garder à l'esprit que la discipline est aussi essentielle à
l'écriture que l'inspiration.
Pas de films pendant la semaine.
Ne pas lire Kafka, Joyce, Faulkner.
Lire de la poésie avant de dormir : Hardy, Larkin, Stevens,
Whitman, Yeats, Eliot.
Lire une page de Shakespeare chaque soir.
Pas d'alcool les jours de travail.
Pas de sexe pendant le travail.
Courir chaque soir pour faciliter la circulation sanguine.
Etre ambitieux - canevas large et
expansif.
Se rappeler que les grands textes se soucient peu d'action.
Se concentrer sur les idées et les personnages.
La forme compte autant que le fond. Innover.
Ecrire à la troisième personne - avec l'omniscience de
l'auteur.
Rendre la prose mémorable - procurer une joie stylistique.
Eviter l'étalage des émotions.
Maintenir une écriture intraitable : le monde est dur.
Ne pas s'échiner à être plausible : l'Inde n'est pas
plausible.
Eviter les scènes de sexe : difficiles à réaliser, faciles à
dénigrer.
Ne rien dévoiler du texte en cours d'écriture.
Le monde est envahi d'âneries que personne ne lit : ne pas en
rajouter.
L'écriture n'est pas la vie. Fizz est la vie.
Note du Blogueur : Fizz est la compagne du narrateur et son grand amour. Elle corrige l'injonction en : L'écriture est la vie. Fizz est Fizz.
Dans "Loin de Chandigarh", de Tarun J Tejpal
Ecrire vrai
Ne pas faire de style. Surtout ne pas faire de style. Et ne pas tenter de ressembler à. Ni à faire comme ou à la manière de. Ne pas écrire comme il se fait d’écrire aujourd’hui. Se souvenir qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises manières. Il ne s’agit que de soi.
Donc ne pas penser au lecteur. Pas trop.
Ecrire et puis entendre sa voix. La chercher. S’écouter et ne pas se censurer. Non ! ne pas s’écouter justement, seulement lâcher les mots et les projeter là, en dehors de soi. Ne se soucier de rien, de rien d’autre que d’écrire vrai.
Comprendre ce que cela signifie, écrire vrai.
Ne pas faire des ronds de jambes. Ne pas faire des phrases comme on enfilerait des mots pour faire un joli collier à sa jolie maman. Ecrire vraiment.
Ecrire, tout simplement. Et cesser d’écrire comme si quelqu’un lisait par-dessus mon épaule !
Tautologie originelle
La quête de paradis artificiels.
Tout est là qui s'exprime avec pudeur, dans ce non-dit qui est dit deux fois.
L'irréductible espérance des hommes.
On parle aussi de périssologie.
"CONTACTEZ-MOI" : AVIS IMPORTANT
Bug originel sur la page "contact"
Je viens de me rendre compte que les messages adressés à partir de la page "contact" de ce site ne me parvenaient pas.
En conséquence de quoi, tous les messages qui ont pu m'être adressés par cette voie ne me sont jamais parvenus... et je m'excuse donc auprès de ceux qui auraient pris cette peine et se seraient étonnés de n'avoir pas reçu de réponse.
Et moi qui m'étonnait de n'avoir rien reçu en près de trois mois... Tout de même (ceci dit en passant), ce site reçoit une petite centaine de visites chaque jour (et ça c'est plutôt chouette !)
Le problème est aujourd'hui corrigé.
prophète et carricature (épisode 3)
autodérision : la meilleure réponse
Le journal iranien Hamshahri a lancé un concours de caricatures sur la Shoah, en réponse aux caricatures de Mahomet parues dans le journal danois Jyllands-Posten, puis relayées par d'autres journaux en Europe (à noter qu'aux Etas-Unis, où certains apparemment on pris l'habitude de vivre avec la peur de leurs propres démons, les caricatures sont au mieux reproduites avec un "floutage", comme pour une image pornographique...).
Deux israëliens, Eyal Zusman et Amitaï Sandarovich, se sont rapidement dits intéressés par un tel concours et ont appelé les caricaturistes israéliens à y participer, au motif que les juifs seraient insurpassables dans l'art de la caricature antisémite. On pourra se faire une idée sur cette appréciation sur le blog Israeli anti-semitic cartoons contest
.Dernier épisode en date, cette semaine, dans le courrier International, Art Spiegelman, auteur de la sublime BD MAUS, a décidé d'y aller de son propre trait... avec à mon avis une certaine réussite :

Prophète et carricature (épisode 3)
Monologue vaginal
8 mars 2006 - à l'occasion de la journée internationale de la femme et extrait des rush de mon roman, Lulli - ici comme un hommage aux vagins...
Monologue Vaginal
Ce n’est pas grand-chose pourtant. Un
vagin.
Presque rien, un vide sidéral entre les parois humides d’une
grotte sombre. Une excavation improbable et creusée dans les
chairs. Des plis et des replis… et des replis encore. Des
chairs dentelées, bistrées, qui abritent, renferment et libèrent la
fragrance obsédante et chaude des sucs – perles qui suintent
lentement dans l’intérieur secret de ce puits profond de
chair, de sueur et de sang.
Un peu plus que rien en vérité. Loin toutefois de l’idée
magnifiée qu’on s’en fait, cette idole qu’on
adore et qu’on craint.
Un trou noir. Un puits gravitationnel infiniment
profond creusé dans l’espace-temps du corps de la femme. Un
trou noir qui délimite un en deçà et un au-delà du vagin, qui trace
la frontière entre deux univers qui s’ignorent.
À l’extérieur, le monde des petits oiseaux, des fleurs et des
violons, l’univers des sentiments onctueux et des paroles
d’amour murmurées – et le reste aussi : les
amitiés viriles, le sport, les concerts de rock, la télévision, la
politique, les guerres et les dîners en ville, Dieu et la
philosophie, toutes ces choses passionnantes qu’on appelle la
vie, quand on veut ignorer la mort. Un univers confortable où
chaque pensée trouve une place où se vautrer mollement et
s’épanouir. Un monde où l’on peut se croire
éternel.
Mais le vagin, son intérieur, on y pénètre une fois pour n’en
plus jamais sortir. Il se produit à ce point que l’on
n’ose franchir qu’avec frayeur, une puissante et totale
accrétion de l’esprit où toute pensée se retrouve
irrémédiablement aspirée dans une autre dimension, un univers
vaginocentré d’où l’on ne revient pas. Improbable et
définitif retour vers l’origine de soi. Sauf qu’il ne
s’agit pas d’être, cette fois, mais d’avoir, de
posséder afin de comprendre les raisons profondes de soi. Aller au
fond des choses, comme on dit.
On n’y arrive pas. Il n’y a pas de fond et on
s’enfonce. On s’enfonce et c’est exténuant. Et on
s’enfonce toujours plus profondément, précédé toujours par le
même espoir dément de trouver… quoi ? On ne sait pas
même ce qu’on cherche. Bien plus à coup sûr que
l’éphémère et morne apaisement que procure
l’orgasme.
... lire la suite.
De la meilleure manière d'enculer les mouches
LES MOUCHES
A Jean-Paul Sartre
Des hommes se promènent dans la rue.
Certains ont l'oeil éteint comme une chaussette
sale
Une morve récurrente leur obstrue les cornets du
nez.
D'autres, brillants, le regard vif
Tournent leur canne en s'en allant.
Tous sont des enculeurs de mouches
Mais il y a deux façons d'enculer les mouches
:
Avec ou sans leur consentement.
Boris Vian
De la meilleure manière d'enculer les mouches
Vivre au galop
La vie est un cheval à bascule. On l'enfourche, on tire son épée, on lance sa monture au triple galop et on file à travers le temps. A la fin, quand on comprend qu'on a fait du surplace, on se dit qu'on s'est bien amusé quand même.
Et puis il y a les pisse-froid, qui jouent les importants, trop sérieux pour s'amuser ainsi, comme des enfants. Juchés sur le cheval à bascule de la vie, ils regardent les autres avec hauteur et mépris. Ils bougent les hanches avec mesure et retenue, sans joie. Et quand ils comprennent qu'ils n'ont guère abouti plus loin, il est trop tard et c'est en pleurant qu'ils touchent le sol.
"La Maison des Morts" : ma critique
Quand Trop devient Creux
La vie des pauvres gens est un cauchemar - même leurs rêves sont marqués au fer blanc de leur indigence. Cela prend dix minutes pour comprendre le message et une heure et demi ensuite pour s'y ennuyer.
Ça raconte l'histoire d'une vie sans saveur, rythmée par l'horreur et la désespérance. Ça se passe dans une maison, sans doute l'une des petites maisons d'un petit village de campagne. La femme à la natte - c'est ainsi qu'elle est nommée - est d'abord une jeune femme. Elle vit avec ses parents. Employée de ménage dans une société, elle est malade et ne se rend plus à son travail. Elle va perdre son emploi. Ses journées sont faites de têtes à têtes, avec elle-même ou avec sa mère qui la couvre de son mépris. La mère préfère son fils, ou l'image qu'elle a gardé de son fils plutôt, car celui-ci a perdu son boulot et son épouse, et a sombré dans l'alcoolisme. La femme à la natte se fait sauter sans joie et sans amour par un voisin. Et aussi par son père, un homme bourru et pétomane. Grâce, légèreté et délicatesse.
Et ça continue ainsi. Elle tombe enceinte - on imagine assez bien qui est le père. Le mari de la voisine meurt d'avoir été trop haï par sa femme, la voisine. Puis elle devient employée de maison chez une femme riche, maniaque de propreté et qui l'exploite outrageusement. Un travesti se fait tabasser (sic !). Elle tombe amoureuse, enfin, juste le temps pour l'élu de son coeur de mourir sous ses yeux. Son fils est entré dans l'adolescence maintenant, il n'a pas de "coucougnettes" et demande à sa mère de l'aider à mourir, si elle l'aime. Elle le tue, donc. Puis elle vieillit encore. Rien ne lui arrivera plus. Aucune lueur d'espoir, ni pour elle ni pour le public.
Ha oui, durant tout le temps de la pièce, défilent sur un écran lumineux des commentaires sur les personnages, des considérations climatiques, des aphorismes... Point de mise en scène, mais des comédiens auxquels ont ne peut rien reprocher : ils sont plutôt excellents et Catherine Hiegel est, comme toujours, impressionnante.
Au final, Philippe Minyana, l'auteur, sera parvenu à montrer à quel point l'indigence n'est pas l'apanage des seuls pauvres gens.
"La Maison des morts", de Philippe Minyana, mise en scène de Robert Cantarella, avec Catherine Hiegel - au théâtre du Vieux Colombier jusqu'au 11 mars 2006.
L'Etudiant
J’ai été étudiant jusqu’à mes trente
ans.
A la fin, je savais si bien faire l’étudiant qu’on me
payait pour le faire.
Et c'était bien.
Maintenant, j'apprends à écrire et c'est bien aussi.
prophète et caricature (épisode 2)
souvenir d'enfance
Je me souviens de ce médecin, un pédiatre, une femme, que ma mère m’emmenait voir, enfant, quand j’étais malade. Je détestais aller la voir. Elle était vieille et moche. Elle avait les mains froides. Elle sentait mauvais. Surtout, il y avait chaque fois ce moment où elle baissait mon slip et prenait mes couilles entre ses mains pour les soupeser. Pourquoi diable doit-on soupeser les couilles d’un enfant quand il a un rhume - ou même une angine ou une otite ? C'est ce que je me demandais chaque fois. Elle me palpait un testicule et puis l'autre en hochant la tête avec gravité. Ensuite elle me rassurait d'un sourire : tout allait bien. Mais je n'en avais pas douté, c'est à la gorge que j'avais mal. Cette intrusion froide dans mon intimité, ça avait quelque chose d'humiliant, une sorte de négation de ma virilité. Plusieurs fois je me suis retenu de lui pisser dessus.
Depuis, quand une femme prend mes couilles dans ses mains, ça me donne la sensation d’être malade. Elle pourrait aussi bien me demander d'ouvrir la bouche, de tirer la langue et de faire aaaaaah. Merci Docteur, au revoir Docteur. Les autres hommes aiment ça, paraît-il. Chacun vit ses propres expériences et fait avec ses propres souvenirs d'enfance. Moi, ce que j'aime bien, c'est quand au jeu du docteur c'est moi qui joue le rôle du médecin.
caricature et préjugé
Caricature : Dieu ou son prophète ?
La caricature c'est lorsque l'on grossit le trait, à dessein, pour mettre en évidence la partie qui se dissimule dans le tout. et c'est une forme du commentaire qui a du sens.
Le problème survient lorsque la caricature rejoint le préjugé, lorsque le tout est réduit à une partie de lui-même, ou au fantasme de cette partie : le juif est un être fourbe avec un grand nez crochu, le noir est bruyant et sent mauvais, l'arabe est voleur et violent, l'asiatique est nombreux... Lorsque la caricature a ainsi pénétré les esprits, véhiculant son cortège de préjugés nauséabonds, le caricaturiste est contraint de se taire ou de changer la forme de son discours. On n'aboie pas avec les chiens.
C'est que la caricature est autant l'arme des rieurs et des démocrates que celle des racistes et des fanatiques. Si ce n'était fait avant, on l'aurait compris depuis le 11 septembre 2001, certains trouvent intérêt à ce que le monde se divise en deux camps, deux civilisations que tout opposeraient, un intérêt à ce que soit dit, répété et prouvé que l'arabe est musulman et le musulman est arabe, que le musulman est terroriste et le terroriste est musulman, que le juif est sioniste et le sioniste est juif, que l'occidental est chrétien et le chrétien est occidental. et que le juif et le chrétien sont alliés contre le musulman. Et qu'avant cela, le juif, le chrétien et le musulman sont alliés contre le laïque blasphémateur qui conteste à Dieu la suprématie de ces lois.
Ils voudraient caricaturer le monde, le réduire à ces traits épais et grossiers qui semblent nous différencier, et nous dépouiller de notre humanité qui nous est commune. Ce sont eux les caricaturistes, ceux qui enferment les hommes en eux-mêmes en les réduisant à leur caricature, en ne leur laissant jamais le choix d'être simplement eux-mêmes là où ils sont, des hommes avec leurs origines et leurs croyances mais qui vivent aussi ici et maintenant, libres ensemble plutôt qu'enfermés dans une communauté que leur imposerait leur naissance. Leur message est clair : toi, l'arabe, où







